L’Ecoute et la VoixL'Ensemble Vocal Lucien Bass
La messe "Pange lingua"

Chaque pièce de la messe est bâtie sur un même "thème générateur". Il s’agit de l’hymne Pange lingua, chant grégorien du XIIe siècle. Cette souple mélodie en mode de mi (écrite sur la gamme "mi-fa-sol-la-si-do-ré-mi"), donne le ton, si l’on peut dire. Ce mode ancien, propice à la méditation, nous interpelle, nous oblige - auditeurs du XXIe siècle - à une écoute renouvelée. Josquin, arrivé au sommet de son art, n’a plus rien à démontrer. Se contentant de quatre voix, il ne laisse apparaître aucun procédé technique. Il traite son "thème générateur" avec une totale liberté, en répartit des fragments entre les quatre voix, "les modelant avec une affectueuse négligence... les parant à chaque apparition de quelque ornement imprévu". Dans ce foisonnement sans cesse renouvelé, on est loin de la rigidité jamais totalement absente chez ses prédécesseurs et ses contemporains.

Signalons un luxe suprême : l’une des plus belles pages de la messe, "Benedictus", est un duo ténor / basse. Avec seulement deux voix, Josquin crée une parfaite plénitude expressive, qui ne laisse désirer rien de plus. Ainsi chaque chanteur peut se délecter pleinement, aucune des quatre voix ne prenant le pas sur les autres et chaque phrase à chanter étant harmonieuse. Et de l’ensemble se dégage une impression générale d’intense ferveur. Nous sommes à l’apogée d’une évolution de la musique ; cet équilibre ne se reproduira plus.

Ecoutez un passage du Sanctus, enregistré lors du concert à la Crypte de Saint-Gilles, le 17 avril 2005 :

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 par
Lucien BASS.