L’Ecoute et la VoixL'Ensemble Vocal Lucien Bass
Guillaume de Machaut (1300 - 1377)
Musicien de l’Ars Nova, Guillaume de Machaut est l’un de ces créateurs capables de faire la synthèse de leur époque et de porter à leur perfection les formes nouvelles.

L’époque de Machaut

L’Europe, au milieu du XIVe siècle, a subi la grande peste (magistralement dépeinte par Machaut dans "Le jugement du Roi de Navarre"), les famines, l’affrontement des monarchies (débuts de la Guerre de Cent ans), les luttes féodales et communales. Et pourtant ce dépeuplement, ces luttes incessantes, n’ont pas empêchés le développement d’une culture extrêmement féconde, intellectuels et artistes ayant le sentiment de vivre intensément une époque de modernité. Machaut, qui vécut profondément les réalités de son siècle, y a puisé les éléments qui ont fait de son œuvre une création incomparable.

Guillaume de Machaut

Guillaume de Machaut, musicien-poète, chanoine de Reims, mêlé intimement à la vie des plus grands personnages de son temps, fut à la fois le dernier des trouvères et l’un des principaux promoteurs de l’art nouveau, l’« Ars nova », dans lequel il se révéla plus souple et plus varié que ses contemporains et ses successeurs.
Guillaume de Machaut appartient non seulement à la grande lignée des musiciens français qui lui succéderont, Guillaume Dufay, Josquin des Prés, Jean-Philippe Rameau et Claude Debussy, mais il est, dans le même temps, le plus grand poète français du XIVe siècle. En cela il est sans égal dans toute l’histoire de l’art de l’Occident.
Et pourtant son œuvre littéraire ne peut être lue actuellement qu’en bibliothèque, et aucun des magnifiques manuscrits que possède la Bibliothèque Nationale - dont l’un copié et enluminé sous la direction de Machaut lui-même - n’a été édité en fac-similé.
S’il n’est pas tout à fait le génie inventeur de nouvelles formes, comme nous l’ont présenté des générations de musicologues, il a propulsé à des sommets de perfection toutes les formes qu’il a abordées.

Né autour de 1300, Guillaume de Machaut entre, vers 1323, au service de Jean de Luxembourg. Pendant une quinzaine d’années, il accompagnera la vie de ce prince "hardi et chevaleresque, qui aimait festes et tournois, dames et esbattements". Des Flandres en Italie, du Luxembourg en Hongrie, en Pologne et jusqu’en Lithuanie, il souffrira d’un rythme effréné où se succèdent banquets, guerres et voyages.
Vers 1340, il s’installe dans sa demeure de Reims, à quelques pas de la cathédrale, où il commence à édifier son œuvre poétique et musicale, sans renoncer à se déplacer au gré de son caprice ou selon les besoins de ses charges officielles.
Poète et musicien reconnu et admiré des nobles de France, c’est à eux qu’il offre ses manuscrits qui contiennent une œuvre gigantesque : longs poèmes narratifs, poésies lyriques, des milliers de vers, et pour la musique, ballades, rondeaux, lais, virelais, motets, et la Messe de Nostre-Dame, qui a pu à elle seule nous rendre son nom familier au XXe siècle. Sa messe n’est point seulement un des sommets de la musique médiévale, c’est un chef-d’œuvre universel.

Texte de Lucien Bass, à partir des sources suivantes : Encyclopaedia universalis - Dominique Vellard (notices de ses CD Machaut), Jacques Chailley (préface de son édition de la Messe), Larousse de la musique.

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 par
Lucien BASS.