L’Ecoute et la VoixL'Ensemble Vocal Lucien Bass
Un lieu où découvrir sa voix : le chœur
La pratique chorale amateur est en plein essor. Occasion de rencontrer des amis ou recherche d’une activité créative, simple détente ou désir de développement personnel, plaisir de chanter sans contrainte ou véritable idéal artistique... les motivations des choristes sont variées, et les groupes ne se ressemblent pas. Cependant, ils constituent tous un extraordinaire espace d’expérimentation du son, de la voix, du chant, de la musique, de la pédagogie, de la relation humaine.

Le chœur peut accueillir des amateurs d’un niveau technique homogène, ou au contraire mélanger des compétences diverses - débutants et chanteurs confirmés par exemple - dans la mesure où le projet du groupe est clairement défini. Dans le chœur idéal, le choriste est partie prenante de ce projet, et en accepte la ligne directrice. Un chœur n’est pas seulement la somme de ses éléments. Sa production sonore et musicale étonne souvent, soit qu’elle dépasse en qualité ce que l’on attendrait individuellement de ses chanteurs, soit au contraire qu’elle déçoive par son manque d’harmonie. Outre la compétence du directeur, il est avant tout question ici de la capacité des choristes à suivre un même objectif. Le choriste idéal devra donc dépasser dans sa pratique chorale son éventuel désir de mettre sa voix en avant. Il saura trouver dans le groupe une stimulation pour développer ses qualités d’écoute et sa technique musicale. Il recherchera une harmonie personnelle en mettant ses qualités au service du groupe.

Quel est le rôle du chef de chœur ?

De ce qui précède on voit que le chef de chœur est d’abord un fédérateur, un rassembleur. Son autorité s’appuiera d’abord sur sa capacité à proposer des objectifs bien définis, puis à en imposer la réalisation à tous ceux qui se sont rassemblés autour de ce projet. Il faudra bien sûr qu’il ait les compétences techniques et pédagogiques correspondant à l’itinéraire choisi, et ce sera la deuxième source de son autorité. Il devra ensuite, pour que celle-ci soit pleinement acceptée, faire partager son idéal musical à ses choristes. Il devra enfin savoir faire reconnaître ses qualités d’écoute, garantes en quelque sorte de la qualité du résultat sonore du groupe. La production du chœur sera en fait une synthèse entre l’idéal du directeur, les potentialités des choristes, la qualité du travail.

La voix et l’écoute

Quelle que soit son expérience, quelles que soient ses qualités vocales, le choriste vient donner avec sa voix quelque chose de lui-même, de son intériorité, de son intimité. Ce don, cet échange, ont un caractère essentiel et fragile. La voix se situe au carrefour entre corps, intellect et émotions. Elle procède toujours des trois simultanément, et elle nous représente toujours entièrement. Elle n’est pas seulement vecteur de communication avec l’autre, mais aussi avec soi-même. Nous sommes les premiers bénéficiaires de notre propre voix, qui est notre premier mode d’expérimentation du son et des vibrations de notre corps. Dans le chœur, chacun est non seulement musicien, mais est aussi instrument de musique extraordinaire. Alors que dans une conversation, en général, on parle puis on écoute, dans le chœur, on est en permanence émetteur et récepteur. Pour bien chanter avec les autres, chacun doit percevoir la voix et le rythme du groupe. Pour bien chanter, chacun doit aussi entendre sa propre voix et en régler finement tous les paramètres. On voit donc que les qualités d’écoute des protagonistes sont déterminantes.

Pédagogie ou aventure ?

L’une des particularités du groupe choral réside dans son aspect essentiellement pédagogique. Si le chef de chœur est nécessairement un pédagogue - que les choristes viennent pour apprendre ou non - il n’a pas pour autant le rôle d’enseigner à chacun. Là encore, il peut rester un fédérateur, et c’est le groupe lui-même qui permet à chacun de se situer, de s’intégrer, de trouver les informations, d’être stimulé, d’aller plus loin ou de se dépasser. Mais le groupe n’est riche que de la voix de chacun, et de ce que chacun apporte. Et son aventure musicale et humaine rencontrera probablement des obstacles ou des situations paradoxales. Nous avons vu par exemple que, dans le chœur idéal, chacun est à l’écoute du groupe tout en contrôlant sa propre voix. Il est cependant difficile de s’entendre chanter quand on est entouré de 10, 40 ou 80 autres chanteurs. Une réaction naturelle consiste alors à chanter un peu plus fort ; mais le voisin à son tour ne s’entend plus très bien, et de bouche en oreille, on peut ainsi arriver à une situation de cacophonie où chacun essaie de se sauver en criant un peu plus fort que l’autre. Un point essentiel de la pédagogie du groupe sera donc d’enseigner à chacun à devenir maître de cette situation paradoxale, en intégrant, en fondant sa voix dans l’ensemble. La façon de disposer le groupe durant la répétition peut aider dans ce sens. Les choristes peuvent par exemple se placer en cercle, regardant vers le centre : chacun est ainsi dans une situation d’écoute favorable et peut chanter, enveloppé du son de tous les autres. Ils peuvent aussi, restant en cercle, se tourner vers l’extérieur : le résultat sonore est quelquefois alors encore meilleur, comme si ce grand cercle était le corps du groupe, et envoyait la musique aux 4 coins du monde...

Eléments de réflexion

Pour mieux comprendre ces mécanismes du groupe choral, il est intéressant de bien connaître les deux modalités complémentaires de notre audition : il s’agit d’une part de l’écoute « aérienne » (accueil des sons extérieurs par les oreilles), et d’autre part de l’écoute « osseuse » (écoute de ses propres sons, transmis par les vibrations des os à l’oreille interne. Chaque type d’écoute correspond à un aspect de la voix. Pour bien respirer, pour prendre une posture corporelle adaptée, pour disposer d’une matière sonore riche, et pour entendre sa voix sans devoir chanter nécessairement fort, il faut cultiver son « écoute osseuse ». Pour émettre de belles voyelles, pour contrôler la clarté de l’articulation, et pour écouter avec facilité le groupe, il faut cultiver son « écoute aérienne ». On peut dire que la « voix osseuse » correspond au son dans sa globalité, alors que la « voix aérienne » fait entendre des « chants d’harmoniques », des voyelles, des phonèmes. On voit que cette réflexion contient en filigrane un cheminement de pédagogie de la voix pour notre chœur idéal.

La répétition commence

Il reste donc à se mettre au travail. Les chanteurs se retrouvent, vraiment disponibles, abandonnant leurs soucis à l’entrée. Le directeur propose de commencer par une mise en condition corporelle, ou par des vocalises, ou par une libre symphonie vocale au cours de laquelle chacun prend le temps de se réapproprier sa voix. Il suggère l’écoute fine des harmoniques des voix, ou il suscite l’écoute intérieure en développant les qualités « osseuses » des voix, par des chants « bouche fermée ». Mais quels que soient la « manière » du chef de chœur et le type de musique abordée, les démarches essentielles resteront les mêmes. Il s’agit de mettre en commun ce que l’on a peut-être de plus précieux : notre respiration qui devient respiration du groupe, nos plus belles résonances qui deviennent le son du groupe, et tout simplement un moment de notre vie. Le but n’est pas de se créer une illusion de fusion de groupe, mais de vivre pleinement, le temps de la répétition ou du concert, l’expérience de fondre sa voix dans celle du groupe, c’est à dire d’être vraiment élément du chœur, et de participer à une même musique. Dans cette dynamique, l’énergie, la présence, les talents de chacun sont essentiels. Le groupe progresse quand chacun progresse. Et la musicalité de sa production indique que chacun est devenu plus « musical », dans le chœur et bien au-delà.

LUCIEN BASS (2003)

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Forum de l'article

  • le chœur
    27 février 2017
    Bonjour à tous. Ayant fait partie d’une chorale il y a vingt ans, j’ai désiré de nouveau chanter dans une chorale à quatre voix mais il s’avère que je n’arrive à poser ma voix qu’en chantant "vraiment" (style Edith Piaf). Autrement j’ai tendance à chanter une octave en dessous. Que puis-je faire ?